lundi 30 mai 2011

La SIEP (Société Indienne d’Élevage de Poulet) vous présente sa leçon culinaire du jour.


Quand j’ai dit que je partais en Inde, j’ai eu le droit à des centaines de fois la réflexion : «  Tu vas en bouffer du poulet au curry mon coco! » (Bon OK, tout le monde n’a peut être pas ajouté le coco à la fin de la phrase, mais l’idée reste la même.

Moi le premier je me suis dis que j’allais manger à tous mes repas du poulet, du riz bien jaune et le tout qui sent bon et qui pique fort. Tout n’est pas tout à fait exact dans l’affirmation précédente.
Voici un petit exposé sur le gallinacé déplumé, cuisiné et son accompagnement.

Première chose essentielle : Curry ne veut rien dire ici, en fait cela veut juste dire sauce. Ce qui nous est vendu en Europe sous ce nom n’existe pas ici, il s’agit d’un mélange d’épices prédéfini, et je n’ai pas encore eu l’équivalent servi ici. Donc le poulet au curry, il suffit de dire poulet cela revient au même, puisque les épices sont omniprésentes dans la culture culinaire indienne. Ils en mettent jusque dans le thé et le café! Un thé au safran ou au cumin, cela surprend la première fois. Mais il faut reconnaître que quand c’est bon, c’est bon. Par contre, quand ce n’est pas bon cela à un goût de bouillon cube Maggi…
Je ne suis malheureusement pas capable de différencier et nommer toutes les sortes d’épices que je mange (ou que je bois du coup), mais c’est souvent un feu d’artifice gustatif. Le principal problème, c’est que la plupart du temps il y a tellement d’épices qu’il est impossible de sentir le goût initial du produit. Une simple tomate se transforme en base d’épices en tous genre, mais perd son goût de tomate. Enfin c’est mon avis avec mon palais d’occidental. Peut être que les indiens ressentent les choses différemment après tout.

Avec un peu d’expérience, et les mauvaises surprises aidant, j’ai réussi à faire le tri dans les plats, et à apprendre quels étaient les plats les moins épicés. Ce qui n’est pas épicé pour les Indiens brûle déjà la bouche des Occidentaux. Des fois, je me demande ce que serais un plat d’inde du Sud qui parait il arrache bien plus, ou encore un plats coréen qui fait pleurer tous les indiens tellement ça pique.

L’un des tous premiers mots que j’ai appris en Hindi, c’est  massala. Ça veut dire épicé, donc à bannir lors du choix d’un plat. Les chips les plus populaires du pays sont au parfum « Indian Magic Massala », j’ai fait l’erreur de suivre l’avis de mes collègues qui m’ont tous affirmé que cela ne piquait pas et que c’était les meilleurs chips de la planète. Et bien je pas senti le goût du chips! Cela croustille, pas de problèmes, mais alors après c’est l’explosion en bouche, la torture de papilles, la fusion nucléaire même pour être démago! Et un simple chips suffit à brûler le palais pour les 10 prochaines minutes. À partir de la dizaine de chips, l’eau ne suffit plus pour calmer tout ça.  
Pour ceux qui grignotent trop, c’est certainement radical!
Voila pour la question du curry, épices et tout comme dirait l’autre.

Pour ce qui est du poulet voici d’autres révélations :
L’Inde étant un pays multiculturel, de nombreuses traditions sont respectées et plus ou moins partagées entres les différentes ethnies ou religions. La vache et le bœuf sont bien sur absents de toute assiette pour les personnes de confessions hindoue. Le porc n’est consommé par personne, et le buffles ne sont là que pour leur lait. Il ne reste donc que les poulets pour la consommation de viande. Ici pas de canard (déception), et personne ne mange de chiens (qui pourtant sont très nombreux, et très errants dans ce pays!). Dans certaines régions, le poisson est consommé, mais Panipat étant un peu loin de la mer, il ne m’est pas possible (et si c’était possible je n’aurais pas envie de tester!) d’en manger.
La légende urbaine prétendant que l’Inde est le pays du poulet au curry est donc vraie dans le sens où la seule viande disponible dans le pays est le poulet. Il y a bien aussi un peu de chèvre ou de mouton, mais il faut chercher la viande entre les os, et elle a un fort goût de vieille chèvre!
Du coup, ma consommation de poulet est assez réduite : Dans le meilleur des cas une fois par semaine peut être. Pas davantage.
Il y a deux raisons à cela. La première est que les poulets mènent une existence bien pitoyable dans ce pays, et passent leurs journées en cage en plein soleil et poussière, le tout sans pouvoir bouger car l’entassement est un phénomène qui touche aussi les poulets. Plus on remplit la cage, plus on peut en transporter, les indiens l’ont bien compris. Que tout cela puisse jouer sur le goût et la qualité de la viande, les indiens ne l’ont pas compris! Et puis les boucheries, et la conservation de la viande après sont découpages sont bien effroyables, et cela ne donne pas envie d’en manger. Il faut donc bien choisir son râtelier.
La seconde raison à la non consommation de poulet, c’est que énormément d’indiens sont végétariens (je dirais au moins 50%), et que ceux qui me disent qu’ils sont non végétariens m’avouent ensuite qu’ils mangent du poulet 5 fois dans l’année pour les plus extrémistes! Il faudrait trouver un nouveau mot, parce que pour moi, manger 5 fois du poulet dans l'année ce n'est pas franchement être carnivore! 
Donc plus de 90% des Indiens ne consomment que peu ou pas de poulet! Fin du mythe! (Heureusement que je n’ai pas appelé mon blog bonjourpouletaucurry parce que la déconvenue aurait été plus grande que pour le coup des turbans!).

{Pour ceux qui désirent poursuivre leur culture du poulet, je conseille de vous rapprocher de la SCEP (Société Cairote d’Élevage de Poulet). Les comptes ne sont pas fameux, mais le potentiel est immense! }

mardi 24 mai 2011

Le plus gros!

Parce je ne pouvais pas faire autrement que lui rendre hommage :

Parce que je l'ai découvert de façon complètement inopinée (comme tout ce qui arrive dans ce pays de toute façon).
Parce qu'il envoie du pâté quand même .
Je suis fier de vous présenter le plus gros turban du monde!


Pour ce qui est des dimensions, je dirais un peu plus d'un mètre de haut (sans la plume verte), entre un mètre cinquante et deux mètres de diamètre. Pour le poids je ne sais pas, mais il faut un bon cou pour tenir le choc probablement!
On pourrait faire la sieste tranquillement dedans!


En bonus, je vous offre ce splendide triptyque d'essayage de turbans! Il y en a pour toutes formes et toutes les couleurs.
 Je me dit quand même que autant de poids sur la tête sous 45°, il faut du mérite!



dimanche 22 mai 2011

Aujourd'hui en Inde, j'ai vu:

Je pense que vous avez du le comprendre de par vous même, et puis cela coule un peu de source mais c’est vrai: Le quotidien Inde, mon quotidien ici,  est plein de petits trucs qui font que je ne m’ennuie pas du tout.

Si j’ai écrit une liste des challenges quotidiens, celle qui suit serait plutôt son opposé. A savoir : Pourquoi il est bon de sortir dans la rue en Inde, d’ouvrir les yeux et d’attendre. L’inattendu ne mettra pas longtemps avant de venir, l’incongru sortira faire un tour et l’impossible sera présent partout autour de vous pour vous prouvez qu’il n’a pas raison d’être (impossible, si vous suivez toujours!).

Voici quelques exemples très simples, qui tous les jours me font franchement rire, parfois sans que mes collègues comprennent. Mais ce n’est pas grave, moi je m’amuse et suis surpris tous les jours!


Après presque trois mois ici, voici le premier épisode de la série :

Aujourd’hui en Inde, j’ai vu:

-          Un éléphant sur le périphérique de Delhi. Chargé comme un mule, (enfin dans des proportions d’éléphants, donc surchargé en fait!), à contresens (d’ailleurs quel est le bon sens après tout?), accompagné de son cornac.

-          Un vitrier transporter sa dernière vitre, (dimensions respectables de 2m sur 3m) assis à l’arrière d’une moto. Il tenait la vitre en mode pare brise, entre lui et le chauffeur. Ce n’est pas franchement aérodynamique, mais en dessous de 40km/h l’aérodynamisme ne compte pas après tout. Par contre cela donne l’impression de voir un mec dans un aquarium posé à l’arrière d’une moto. Et puis quand on connaît l’état des routes en Inde ou à Panipat, on se dit qu’il prend des risques un peu le garçon.

-          Une auto-rikshaw (tuk-tuk) avec des superbes autocollants 4x4 un peu partout. Oui mais il n’y a que trois roues sur ton tuk-tuk mec!

-          Un rikshaw, c'est-à-dire un vélo tirant une remorque adaptée au transport de passagers ou d’objets, faire le ramassage scolaire et promener 15 enfants dans la remorque. J’ai eu le temps de compter deux fois pour être sur parce qu’il n’allait pas vite, mais oui, au lieu de deux passagers habituels, il y en avait 15! Cartables compris. Par contre je n’ai pas compté le seizième qui courait derrière! Il avait peut être perdu à la courte paille.

-          Une moto, son pilote, deux passagers (jusqu’ici tout est normal) et une échelle en bambou de 5-6m maintenue verticale par les occupants du véhicule. Sur la highway ça passe, mais dans la ville il y a de quoi ramasser un sacré paquet de câbles électriques.

-          Une vache enjamber le parapet du périphérique de Delhi pour traverser la route.

-          Un tracteur et sa remorque filer tout droit sur le rond point, sans ralentir pour monter sur le bas-côté en brique pour éviter de faire le tour dudit rond-point.

-          Un tuk-tuk surchargé de personnes et autres objets (classique). Mais certains de ces objets étaient des grandes perches en bambous qui dépassaient par la fenêtre arrière, ce qui a permis à une femme en sari plutôt audacieuse de s’asseoir sur les perches plutôt que de rester debout sur le marchepied. Pour le confort je ne suis pas sur. Pour la crise de fou rire avec les collègues, merci!

-          Un réplique de dimensions assez impressionnantes, mais en carton de la basilique Saint Pierre de Rome qui permet d’accueillir les mariages. Très kitch, et très indien comme concept, mais en y réfléchissant je me suis dit que des européens seraient capables de faire pareil avec le Taj Mahal en fond de décor!

-          Des amandes dans un emballage en plastique précisant : «  Croque Monsieur Leerdamer » (en français dans le texte). Je tiens à dire que l’emballage m’a paru tout à fait authentique, et surtout conditionné pour la première fois. Ma théorie c’est que si il y a une usine à Croque Monsieur Leerdamer en Inde, ils ont du recevoir trop d’emballages et maintenant, ils les écoulent comme ils peuvent!

-          Des chaussures montantes de style Converse avec d’un coté un petit drapeaux américain, de l’autre Oussama Ben Laden, vêtu de son peignoir et barbe rasée qui faisait un petit sourire.

-          Des T-shirt très tendance cet été ici qui me font rêver : Des couleurs très flashys, une coupe très cintrée, et des catch- phrases du type «J’étais athée avant de me rendre compte que Dieu, c’était moi » 

-          De nombreuses personnes à vélo faire du moto-stop pour gagner du temps. Le plus rigolo c’est que ça marche, et que du coup ils retournent le vélo, selle du vélo contre la selle de la moto, bien en travers de la moto, les deux roues dépassant de chaque cote bien sur et  tournant au grés du vent. De loin on a l’impression de voir un vaisseau spatial bricolé par le Dr Emmet mais au siècle des cow-boys. De près, en fait on n’a pas envie de s’approcher de cet engin de près!

-          D’autres nombreuses personnes à vélos (et peu être même des récidivistes!) s’accrocher tels des rémoras aux camions qui passent pour avancer plus vite. « Oui, mais si le camion pile? », et bien on aura gagné quelques vélos dans le chargement, et le tout sera un peu plus tassé…

-          Des dizaines de personnes sur le toit des bus locaux. Déjà que dans le bus faut s’accrocher alors en haut… Le problème des câbles électriques à basse altitude subsiste ici aussi.

-          « Tiens, mon omelette est rouge. Réfléchis Fred, réfléchis. Euréka! C’est parce que la photo du journal était rouge! » Oui, ici le « à emporter » se fait dans du papier journal. D’ailleurs cela sert aussi de serviette, d’éponge, de torchon… C’est l’accessoire 28 en un de la cuisine indienne!

-          Un plombier qui transportait ses tuyaux dans sa remorque. J’ai énormément d’admiration pour les plombiers indiens : Un vélo, une remorque et les tuyaux qui dépassent de 4 mètres devant, 4 mètres derrière. Et ils roulent dans le trafic de manière très sereine. Pour les autres usagers de la route, c’est un vrai traquenard, parce qu’il ne faut surtout pas se tromper de coté pour doubler! Si on choisit le mauvais, on est enferme dans un trou spatio-temporel. Et les indiens, dès qu’ils sont dans un véhicule n’aiment pas attendre. C’est pour cette raison que les plombiers qui ont un peu de métier ont également des problèmes d’audition!

-          Des livreurs de frigidaires ou d’écrans plats accumuler leurs produits dans la remorque du vélo pour rentabiliser la tournée de livraison.

-          Un train passer au passage à niveaux. Ceci mérite une explication, c’est à ce jour ma plus grande incompréhension dans ce pays. Pour cela, mettons nous en situation :
           
            Titatitadou, je suis dans la voiture de l’entreprise sur la route du travail comme tous les jours. Tiens les camions, voitures, vaches, vélos, chèvres, bus piétons, tracteurs, chiens errants (ah non, pas les chiens errants) sont arrêtés au bord de la voie ferrée. En effet, le mec qui passe ses journées et ses nuits dans le bungalow de 3m² au bord de la voie, est sorti de sa cahute. Il a retiré le drapeau rouge habituellement planté sur la voie ferrée. Ensuite il a risqué sa vie pour interrompre le flux de véhicules précédemment cités afin de baisser une pauvre barrière en bambou et limiter l’accès.

            Demi performance parce que les piétons, animaux, et même quelques motos dont les pilotes sont suffisamment élastiques pour comprimer leurs vertèbres et rentrer leur tête dans les épaules en mode tortue ninja parviennent encore à passer sous la barrière. Lorsque la barrière est baissée, le mec peut agiter un mouchoir vert et prévenir son pote le cheminot! On entend un bruit perçant, le train arrive, un autre bruit perçant parce que ce n’est pas parce que qu’on est conducteur de train que l’on n’a pas le droit de klaxonner! Comme l’option devait être payante il faut la rentabiliser après tout! Bref je m’égare un peu là!
           

            Reprenons : Le train arrive, hurlant à la mort. Il roule très lentement, et surtout il est très, très, très long! Cela dure donc un bon bout de temps et fait râler tous les ahuris qui aimeraient bien traverser la voie. Mais attention, ce n’est pas parce que le train passe que les attentistes restent inactifs! En effet, à peine les barrières fermées, la file de véhicules s’est transformée en deux files, voire trois. Car dans un esprit de logique tout à fait indien, vu que personne ne peut venir de la file opposée, et bien on peut y aller nous! Du coup les véhicules les plus agiles se faufilent entre les camions et se disposent en trois files de front à attendre devant la barrière que le train passe, et que 10 minutes après le préposé à la barrière est fini son sodoku ou son tchai pour re-ouvrir le passage. (Les chiens errants et piétons ne l’ont pas attendu vous vous en doutez bien).
           
            Le seul problème c’est que lorsque le train a fini de passer, on se rend compte que : Damnation, il y a aussi des indiens de l’autre coté de la voie, et que re-damnation, eux aussi ont eu le même réflexe que nous! Du coup, on se retrouve un peu bloqués. Les motos qui étaient au premier rang commencent l’assaut vers la ligne adverse, les  autres véhicules embrayent tant bien que mal et c’est la guerre générale. Surtout que jamais de la vie un indien n’utilisera la marche arrière de son véhicule (c’est une question d’honneur, de vie ou de mort). Donc en moins de 47 secondes la situation est complètement bloquée, tout le monde pousse tout le monde, tout le monde hurle. Les vélos tentent des sorties hors pistes audacieuses. Les vaches décident de faire une pause et ne facilitent pas vraiment la situation. Et le préposé au passage à niveau retourne finir son mot croisé dans l’indifférence la plus totale. Lui il est la pour baisser les barrières, épicétout!
           
            Saupoudrez la scène de poussière épaisse, imaginez vous sous 45 degrés, confiné dans une voiture sans pouvoir remuer (vous n’avez pas oublié que l’action se passe en Inde j’espère!), et profitez…
Il ne reste plus qu’à attendre que cela se débloque. La dernière fois cela a pris environ 45 minutes, et encore j’ai eu de la chance dans mon malheur parce que ma voiture est arrivée dans les premières au niveau de la barrière après le début des festivités! C’est donc un peu le suspens tous les matins.

Cela valait bien quelques explications!

Remarque 1: Cela fait une longue liste et pourtant j'ai l'impression de ne décrire que trois jours d'observation. Le pire c'est que j'ai oublié pas mal d'autres situations, mais elles se reproduiront sans tarder pour la plupart!

Remarque 2: Si quelqu'un à une technique pour mémoriser ailleurs que dans ma tête ces instantanés, je suis preneur et je fais partager en images à tout le monde. Pour les plus sceptiques, je n'invente rien, j'essaye juste de décrire du mieux possible.

mardi 17 mai 2011

Les challenges du quotidien [extraits]


Venir vivre et travailler en Inde quand on débarque d’un pays occidental: C’est affronter pleins de challenges quotidiens.

En voici des exemples :

-          Accepter de manger du riz à presque tous les repas. Manger des chapatis (galette ressemblant à des fajitas) à tous les repas (quand on vit dans le nord de l’inde)

-          Forcer son oreille à se former à l’accent indien (quand ils parlent anglais bien sur)

-          Comprendre le nom des personnes que l’on rencontre. Certains veulent être appelés par leur nom, d’autres par leur prénom, d’autre par un savant mélange des deux, ou encore par des initiales qui n’ont parfois rien à voir

-          Retenir le plus rapidement possible tous ces noms et associer les formes de politesses et de respect que le (complexe) protocole indien exige.

-          Apprendre à manger avec la main, qui plus est, uniquement avec la main droite (moi qui suis gaucher je vous raconte pas la galère pour changer les réflexes). Et ce n’est pas toute la main qui doit servir, juste les doigts. Pas évident du tout comme challenge.

-          Dans le même style, utiliser la main gauche pour les choses impures. Sans vous faire de dessin, là aussi il faut apprendre, changer les réflexes et là encore ce n’est pas facile!

-          Ne surtout pas toucher le goulot de la bouteille dans laquelle on veut boire! Une fois que cette étape sera maîtrisée, il y aura les évolutions «  boire dans un véhicule indien en mouvement » et « boire plusieurs gorgées d’un coup » pour poursuivre.

-          Oublier tous les repères classiques d’une ville occidentale. Les trottoirs ne sont pas faits pour marcher, les feux de signalisations sont rares, et ne fonctionnent pas de toute façon, tout le monde partage la rue (Véhicules, humains et animaux).

-          Endurer à tout moment de la journée et de la nuit les 258 000 klaxons de tous les véhicules circulant.

-          Supporter les sonneries de téléphones polyphoniques 8 tons qui crachent (250W, nan mais ça crache!) des chansons hindis avec des voies très aigues et nasillardes. Et ne pas s’énerver quand au lieu de décrocher le téléphone, son propriétaire semble apprécier la « douce » mélodie et ne décroche qu’à la fin de la musique.

-          Supporter la poussière dès que l’on sort dans la rue.

-          Être patient, des fois très patient pour tout. Demander un verre d’eau dans un restaurant peu prendre plus de temps que commander un repas complet.

-          Être flexible, très flexible. On obtient rarement ce que l’on demande pourtant expressément!

-          Supporter la foule, partout et à toute heure.

-          Je croyais que c’était le sport national français, mais les indiens semblent champions du monde de la discipline : Dès qu’il est possible de le faire, contourner la loi, les règles de bon sens et de savoir vivre et la logique.

-          Immuniser son palais et son système digestif aux épices et autres produits piquants qui abondent dans chaque plat. 

Je compléterais la liste avec encore plus d'exemples de ces petits challenges quotidiens.
Rassurez vous, ce n'est pas parce que la liste est longue que je ne me plais pas ici! Disons que
une fois que l'on sait que le quotidien est différent, une fois que l'on a appris la patience, la
flexibilité et le bricolage on apprends a apprécier les autres facettes! 
Et puis mon quotidien ne se résume pas a tout ça heureusement! Il est aussi plein de belles
choses, de choses qui font franchement marrer. 

Je vous raconterais tout ça bientôt!

lundi 25 avril 2011

Indian Bus World Company recrute


Être chauffeur de bus en Inde, c’est plus qu’une passion, peut être même un sacerdoce. Dans tous les cas, il faut avoir la foi. Quand on est passager dans un bus en Inde aussi remarquez, il faut avoir la foi ou aimer l’adrénaline…


Pour mieux illustrer ces propos voici une offre de recrutement :


Environnement:

Le candidat devra être capable de résister aux températures extrêmes est demandée, que cela soi pour des températures très chaudes ou très froide. Et oui, en Inde, les bus vont dans l'Himalaya et il fait plutôt froid la haut.
Un très haut pourcentage d'humidité sera également présent dans les conditions de travail. Une expérience dans les saunas suédois serait donc un plus appréciable.
Le candidat devra passer et réussir un test de vision afin de prouver le bon état de ces yeux. Si le test ne devait pas s'avérer concluant, on pourrait envisager un rattrapage avec un test de conduite à l'aveugle, juste au feeling. Après tout, ce qui compte vraiment, c'est le feeling! Dans les deux cas, les yeux et autres organes respiratoires du candidats devront démontrer des prédispositions pour résister à la poussière. Un filtre artificiel, ou un don naturel serait un plus non négligeable.
Le candidat devra posséder un système auditif suffisamment évolué pour pouvoir faire abstraction des sons environnants durant les heures de travail. Un filtre anti-klaxon serait des plus appréciés. ( Chez Indian Bus World Company, on prend soin de ces employés et on ne recrute que des mutants ou des super héros).


Capacités requises:

Suite aux pré-requis énoncés précédemment, une excellente condition physique est à prévoir. Des bras plus robustes que ceux de Mr Propre seront nécessaires pour manœuvrer le bus par tout temps, tout type de route et de revêtement.

 Une expérience de slalomeur est exigée. Un podium à l’issue du slalom géant de Kitzbühel n'étant pas considéré comme une expérience suffisante. N’oublions pas que à Kitzbühel, ces malheureux poteaux de slaloms sont immobiles, et ne s’offusquent pas quand on les percute Les usagers de la voirie indienne quand à eux, se déplacent de manière fort aléatoire, illogique et totalement imprévisible. De plus il est dans l’intérêt de tous de limiter les contacts avec ces mêmes usagers ou autres obstacles présents sur la chaussée.

Puisque l’on est dans les compétences de pilotage, un test de type Midtown Madness ou Mission de Taxi dans GTA, vous sera imposé avant de vous remettre les clefs du bus (Si si, il se démarre encore avec une clef, malgré son état de vieillesse avancé)

Des nerfs d’aciers sont demandés. L’exemple de Tom Cruise (ou plutôt de ses doublures )dans Top Gun est à prendre en considération. Un bon chauffeur de bus attendra le dernier centième de seconde avant le contact frontal pour changer de direction. Il devra résister aux appels de phares, klaxons, et autres cris et gestes émanant du véhicule lui faisant face. Dans le cas ou l’objet de la collision soudaine ne soit pas un véhicule, mais un animal, il est bien évident que l’animal va attendre le dernier moment pour se pousser (ou pas, de toute façon, il y a beaucoup trop de chiens errants dans ce pays!).

Des compétences de dialogue et de négociation sont indispensables. Dans votre carrière de chauffeur de bus vous serrez inévitablement confronté au paramètre : « Je viens de toucher, percuter, emboutir, renverser (rayez les mentions inutiles), un vélo, rickshaw, piéton, vache sacrée, chien errant, camion, tracteur, Tata Nano ou autre (La aussi, rayez les mentions inutiles). Et bien dans toutes ces situations, il faudra descendre du bus, faire un bref constat des dégâts et trouver une solution à l’amiable. Les négociations pouvant durer plusieurs heures, un background il faudra être convaincant et résistant. Votre voix doit être claire, et vous n'hésiterez pas à hurler pour impressionner et faire entendre votre point de vue. Il faudra aussi gérer les 117 passagers (on ne confie des bus surchargés qu'aux conducteurs expérimentés, vous n'aurez pas plus de 130 passagers lors de vos premières années)de votre bus qui après 8h de route aimerait bien voir la fin des 250 kilomètres du voyage.

Veuillez nous remettre vos candidatures en mains propres, le courrier transitant dans nos bus, nous savons bien qu'il n'est pas sur d'arriver au bon endroit...

Indian Bus World Company Pvt. Ltd.
Une entreprise du groupe Tata world
Siège social quelque part en Inde!
Second employeur du pays après Indian Rail World Company


(to be continued...)

Direction le Pakistan.





En plus d’être un grand lieu de pèlerinage, Amritsar est également une étape pour toute personne désirant se rendre au Pakistan. En effet, le seul point de passage entre les deux pays est situé à une trentaine de kilomètres de la ville au Temple d’Or.

Tous les jours, quelques rares étrangers, mais aussi des Indiens ou des Pakistanais traversent la frontière, après plusieurs heures de transit, de vérifications et de papiers administratifs dont on raffole de ce coté du globe.
Mais en fin d’après midi, la frontière se ferme, et cela est l’occasion d’une cérémonie plutôt étrange.
Plusieurs milliers d’indiens convergent tous les soirs vers le poste frontière pour assister à la cérémonie qui entoure la descente des drapeaux indiens et pakistanais de chaque coté de la frontière.

Arrivé près de la frontière, une fois descendu du taxi, des vendeurs sautent sur les arrivants, et une fois n’est pas coutume, ils passent plus de temps à essayer de vendre leur produits aux indiens qu’aux étrangers. Leurs produits, ce sont des drapeaux indiens, des splendides visières, des t-shirt ou des turbans, le tout aux couleurs du pays. Il parait qu’il faut avoir tout cet attirail pour « encourager l’Inde contre le Pakistan ».

Vous l’aurez sans doute compris, les relations entre les deux pays sont compliquées, et cet événement de la frontière est très particulier pour les indiens (Pour les pakistanais aussi d’ailleurs). Tout le monde se dirige vers la frontière, ou des tribunes ont été aménagées de chaque coté de la route. La foule est déjà très nombreuse, et n’en fini pas d’arriver. J’arrive à me trouver une place, pas trop entassé parmi la foule (du moins pas encore) et j’essaye de comprendre ce que je vois :

J’ai l’impression d’être dans un stade banal, sauf que celui-ci est traversé dans la longueur par une route, et qu’il est coupé dans la largeur par deux grands murs et deux portes en métal au niveau de la route. Cela délimite la frontière entre les deux pays. Chacune des portes est peinte aux couleurs du drapeau du pays, ce qui n’est pas d’un meilleur goût, mais on ne rigole pas avec le patriotisme ici!

Dans chaque tribune (coté indien et coté pakistanais), les hommes et les femmes sont séparés (sauf quand on est VIP) et chacun encourage son pays…
Pour tout ce qui va suivre, imaginez un miroir entre la partie indienne et la partie pakistanaise. Le but étant de faire dans la surenchère permanente. Une sono infâme crache de la musique, le but étant d’avoir le son plus fort que celle du voisin située 20m plus loin. La musique n’a pas grand-chose de traditionnelle, et cela ressemble plus à de la musique de night club des années 80-90 mais peut être que c’est la musique du moment ici. Sur ce point je n’ai pas souhaité en savoir plus!
Pour chauffer la foule, un animateur tout de blanc vêtu (impossible de le louper) crie dans le micro, et demande à des volontaires de venir agiter le drapeau indien devant la foule en délire. C’est rigolo pour les trois premiers volontaires, au bout de 250 je m’impatiente un peu… La musique devient un peu plus patriotique, des chants célébrant l’Inde se font entendre et le public reprend en cœur. Puis, peu être parce que le timing n’était pas au point, retour de musique très moderne cette fois ci, et là encore de nombreuses volontaires viennent danser sur la route. Je ne sais pas pourquoi il n’y a que des femmes, mais cela ne fait ni très sérieux, ni très militaire. C’est juste du grand n’importe quoi, mais tout le monde a l’air d’apprécier (Merci je ne suis pas encore complètement transformé en indien!). Après un certain temps, retour du grand empaffé qui sert de chauffeur de salle, il annonce quelque chose qui fait hurler la foule. Puis il commence à crier dans le micro Hindustan ce à quoi la foule répond Zindabad. Cela doit être le achic achic aie aie aie local! Après avoir bien postillonné dans le micro pendant environ 32 fois, les militaires commencent à s’agiter un peu.
L’un d’entre eux se dirige vers les grilles qui sont fermées, les ouvre, disparaît dans la zone mixte et revient tranquillement ensuite. Je le soupçonne fortement d’être de connivence avec son homologue pakistanais. Ils ont du s’assurer que tous les VIP étaient arrivés des deux cotés pour pouvoir commencer…
D’autres militaires sortent d’une salle de garde. Ils ont une étrange tenue, mais le plus étrange reste ce turban, digne d’un grand film de science fiction futuriste. En tout cas cela ne me semble pas très pratique les jours où le vent ne vient pas de face!  Toujours est-il qu’ils sortent les uns après les autres en gesticulant dans tous les sens mais d’une démarche qui à l’air très officielle. Ce n’est plus un pas de l’oie qu’ils font mais un véritable saut de flamand rose. Pour vouloir me désarticuler la jambe du reste du corps, je ne m’y prendrais pas autrement! Après quelques tours de piste ils s’immobilisent. Le gugus en blanc revient avec un micro tout neuf, hurle des Hindoustan Zindabad dans tous les sens. La foule est en délire complet et le fait de voir les 5 militaires se diriger vers la porte de la frontière semble décupler leur force. 
Du coté pakistanais c’est pareil. Le costume des militaires (je n’ose pas parler d’uniforme) est différent, et les mimiques de la parade aussi, mais on entend des Pakistan Zindabad qui montent de la foule. Les indiens se moquent d’eux. Cela ressemble un peu à un dialogue du genre « Hey, les Romains vous êtes des Romaines! ».
Enfin les militaires s’approchent de la porte pour de bon. Dans un mouvement à perdre les deux bras d’un coup, l’un d’entre eux ouvre la grille de toutes ses forces. Celle-ci se retrouve propulsée sans rien avoir demandé à personne (sauf peut être un changement de couleur). Je ne vous refais pas l’image de la foule en délire, mais cela continue plus que jamais. Finalement un second militaire vient franchir  la grille, et s’approche du mat du drapeau indien qui est de l’autre cote. Son homologue paki fait de même. Ils démêlent l’attache du drapeau en envoyant la corde en l’air de manière très théâtrale. Puis finalement, commence à descendre le drapeau. C’est un geste très technique car il ne faut en aucun cas que son drapeau ne se retrouve à un niveau inférieur du drapeau du voisin. Cela déclencherait un bel incident diplomatique sans aucun doute.


Une fois descendu, le drapeau est plié en deux secondes, les militaires indiens et pakistanais se font face, se font un petit combat du regard, une grimace et chacun retourne chez soi, non sans avoir de nouveau explosé la grille sur ses gonds. Ils doivent changer de grille toutes les 3 cérémonies.
Et voila, c’est fini, tout le monde applaudit, essaye de se diriger vers la frontière mais sont retenus par une chaîne qui empêche tout le monde de traverser.  Et tout le monde rentre chez soi. Les vendeurs sont de retour cette fois avec un DVD de la cérémonie. Non je ne suis toujours pas intéressé. Le temps de retrouver le taxi parmi les 854 présents sur le parking, je me dit que quand même cela doit faire drôle de traverser la frontière dans la journée et de passer à travers ce stade au milieu de la route. Je retrouve le taxi et il faut encore retrouver les autres indiens qui étaient dans le taxi et qui semblent s’être perdus dans la ligne droite puis on peut retourner vers Amritsar manger quelques chapatis!

Je n’ai pas franchement été au Pakistan, mais j’ai réussi à m’en approcher à moins de 20m en toute légalité ce qui n’est pas partout le cas. C’est un peu faible comme motif pour justifier l’après-midi d’attente quand même.
La prochaine fois j’irai au cirque, au moins il y a des lions et des tigres la bas !!

jeudi 21 avril 2011

Un voyage au pays des turbans.



Pour la fin du carême local, un jour férié était de mise. J’en ai donc profité pour m’éclipser de Panipat, et aller faire un peu de tourisme.

Je ne vais pas décrire ici le voyage en train pour rejoindre Amritsar, j’attends d’avoir un peu plus d’expérience dans les transports en communs indiens pour le faire. Il m’a néanmoins fallu 6h de voyage, assis sur une banquette plutôt inconfortable pour parcourir les 350 kilomètres qui séparent Panipat d’Amritsar. Le paysage laisse apparaître des champs de blés qui défilent tout le long du trajet. La moisson est très proche dans cette région de l’Inde. L’Haryana (là ou est Panipat), et le Punjab (là ou est Amritsar) qui sont deux des états du nord-ouest de l’Inde sont parmi les plus riches. Ils portent le nom de « grenier de l’Inde », et fournissent 80% du pays en blés et farines.

Si le Punjab est un nom qui semble familier à nos oreilles d’occidentaux c’est parce que ses habitants composent une diaspora dont les membres sont très présents au Royaume Uni, au Canada, et dans une moindre mesure, en France. Les Punjabis étant à grande majorité de confession Sikh, c’est pour cela qu’il est très courant de rencontrer des Indiens en turbans dans ces mêmes pays. Et preuve s’il il en faut que nos clichés sur l’Inde sont parfois faux: les Sikhs (et leur fameux turban) ne représente qu’une minorité de la population indienne (2%).

Ma destination du jour, Amritsar est une ville sainte pour les Sikhs, qui s’y rendent en pèlerinage très souvent. C’est donc pour cette raison que j’ai intitulé ce week-end : Voyage dans la capitale du turban.

J’ai rejoint Amritsar en début d’après-midi. Le temps de traverser la ville en rickshaw (les vélos porteurs) et je suis arrivé au Temple d’Or, lieu de convergence de tous les pèlerins, et touristes. Première impression, je suis dans une ville où les touristes sont nombreux, donc les vendeurs sont nombreux, donc les sollicitations sont permanentes. Je résiste donc à l’achat de magnifiques posters taille A1 avec des motifs aussi jolis que le temple d’Or, ou des trucs plus chics tels que des splendides bébés blanc tous joufflus, où des petits chiots dans un panier. Je me demande comment on peut oser vendre ça des fois. Et pire encore, qui peut bien les acheter.
Une fois ces premiers vendeurs franchis, d’autres me proposent des bandanas pour me couvrir la tête, c’est obligatoire pour entrer dans l’enceinte du temple. Peut être, mais je ne suis pas encore dans le temple et je ne vais pas acheter un bandana sale pour 10 roupies alors qu’il vaut probablement moins de 50 paisas (0.5 roupies).

Je m’avance vers l’édifice, laisse mon sac et mes tongs dans un vestiaire, trouve des bandanas gratuits (je vous l’avais dit!) et peut enfin pénétrer dans ce lieu formidable qu’est le temple d’Or.

C’est assez simple à décrire, et les photos parlent d’elles mêmes. Dans une enceinte carrée de bâtiments tout en marbre blanc, un immense basin est présent. Au milieu de celui-ci trône le temple d’Or en lui-même Un bâtiment tout doré qui renferme le livre saint des Sikhs. Cela fait un peu surnaturel, en tout cas c’est magnifique.


Les pèlerins font le tour du basin, certains s’arrêtent pour se baigner dans l’eau sacrée et font ensuite la queue interminable qui mène à l’intérieur du temple. Des haut parleurs crachent les chants de quatre personnes qui

Après avoir passé l’après midi à faire le tour du basin, à regarder les ablutions des fidèles, écouté les chants des prêtres et répondu aux nombreuses sollicitations des Indiens, je me décide à chercher un endroit ou dormir. 
 
Un truc de formidable chez les Sikh, c’est que dans tous leurs lieux de culte (les Gurdwaras), il y a possibilité d’hébergement et de repas pour les pèlerins. Comme Amritsar, c’est le plus grand temple, les lieux d’hébergements sont proportionnés et tout le monde s’entasse dans d’immenses bâtiments.
Comme je suis arrivé un dimanche, l’endroit était surpeuplé, et les pèlerins s’installaient un peu partout pour dormir. Les chambres étaient surpeuplées, les couloirs infranchissables et même le grand patio intérieur ressemblait à un immense dortoir à ciel ouvert. Une petite chambre est réservée aux étrangers. Là aussi, ce sont des conditions très spartiates ou les lits sont empiles dans tous les sens. Certains personnes arrivées au milieu de la nuit on même dormi par terre, faute de lit.
Je réussi à obtenir un lit qui est en fait une grande planche de bois sur pieds et j’entamé la discussion avec les personnes présentes.
Cela fait du bien d’entendre un anglais prononcé autrement qu’avec l’accent indien si particulier. Je me rends aussi compte que en un mois et demi, mon niveau d’anglais a bien chuté. Cela vient surtout du fait que au quotidien je n’hésite pas  à mal parler anglais pour mieux me faire comprendre.

Pour les repas, tout se passe dans un immense bâtiment. Il faut suivre la file de personne, attraper un plateau à compartiment, un bol et une assiette puis se diriger dans une immense salle ou tu le monde s’assoit en rangs d’oignons bien serrés (on est en Inde, donc on aime bien s’entasser les uns sur les autres). On pose le plateau devant soit et des bénévoles viennent le remplir. Comme c’est de la production en chaîne les serveurs versent la nourriture dans les plateaux à l’aide d’une louche sans s’arrêter entre les assiettes et de la même façon, l’eau est servie avec des arrosoirs, c’est bien plus pratique comme ça. 
Des bénévoles s’agitent dans tous les sens pour s’assurer que tout le monde est servi. J’ai été très impressionné par autant d’efficacité dans l’exécution des taches. Après bientôt deux mois en Inde c’est une véritable surprise de voir un système aussi bien huilé fonctionner sans accroc. Surtout que les bénévoles tournent et qu’il faut les encadrer. Une fois le repas fini, on rend le tout qui part pour la vaisselle. On balance donc tout dans une énorme piscine et après 3 étapes de lavages et 5 de rinçage, les ustensiles repartent pour d’autres personnes. Tout est transporté dans d’immenses chariots, cela fait un vacarme terrible et surtout cela ne s’arrête jamais car la cantine et la cuisine tournent 7 jours sur 7, H24.

Comme j’avais un peu de temps à occuper, et que j’ai vraiment été bluffé par la logistique des repas, je me suis dit que j’allais sortir un peu des chemins touristiques pour aller jeter un oeil dans les coulisses. J’ai commencé par la machine à faire des chapatis (Pour les incultes, un chapati c’est comme un tortilla mexicaine, mais avec un goût plus proche de la crêpe bretonne et on mange tous les plats avec, pour les indian friendly, un chapati c’est un chapati). Cette machine est connue dans toute l’Inde, c’est un donateur libanais qui l’a offerte au temple. Depuis trois autres sont venues rejoindre la première et chacune peut produire plus de 1000 chapatis par heure. Tout le monde en est très fier. Une fois que j’étais rentré dans les cuisines j’allais pas en ressortir aussi vite, j’ai donc continué pour tomber sur des endroits ou d’autres personnes faisaient des chapatis à la main suivant la manière traditionnelle. Plus loin, d’autres femmes en saris étaient submergées par des montagnes d’oignons et de carottes et les préparaient inlassablement. Un peu plus loin des marmites immenses faisaient bouillir des lentilles et des poids chiches.
La visite n’étant pas finie j’ai découvert une pièce servant à alimenter les réchauds des marmites. Comme le gaz de ville n’existe pas vraiment, on improvise à la manière indienne : Plus d’une trentaine de bonbonnes de gaz étaient connectées en série!
J’ai également jette un œil dans les énormes entrepôts, ou toute la nourriture est stockée. C’est franchement ahurissant de voir de telles quantités, on se croirait dans une coopérative agricole qui vient de faire le plein, mais non, ici, tous ces stocks ont une durée de vie très limitée.

J’ai gardé le meilleur pour la fin (ou la faim): Deux IMMENSES marmites dans un coin reculé des cuisines. L’une servait à la préparation des lentilles, l’autre au dessert sucré à base de riz et de lait de coco.
La capacité de chacune de ces marmites (piscine serait un terme plus approprié) est de 2700 kilos. C’est bien ça oui, plus de 2.7 tonnes. Et ils font quatre tournées par jour… Pour nettoyer tout ça, et recommencer une autre tournée, c’est la lance à incendie gros calibre que l’on utilise pour l’alimentation en eau. Je n’ose pas imaginer le temps qu’il faut avant l’ébullition, je ne suis pas resté assez longtemps pour l’apprécier.

Une chose est sure, toute cette logistique est plus que bluffante, les proportions et les quantités consommées sont incroyables. La cantine permet de servir plus de 40 000 personnes par jour d’affluence régulière. Lors de festivals la quantité peut doubler.
Alors oui, après la visite des cuisines du Temple d’Or d’Amritsar, on peut le dire une fois de plus : Incredible India !!


Pour ceux qui veulent plus de détails sur les Sikhs, le Temple d’Or, ou la cuisine infernale : http://www.sikhiwiki.org/index.php/Golden_Kitchen

Pour voir mes photos de ce formidable week-end :